J’ai lu « Ceux d’ici » de Jonathan Dee

Quand Mark Firth débarque à New York, la ville n’est plus debout mais vautrée, pantelante. Quelques jours après le 11 septembre, la panique et la poussière saturent l’air. L’énorme fracas des tours anéanties bourdonne encore dans les oreilles. Une ambiance « de film de fin du monde » qui n’est pas sans déplaire à l’artisan du bâtiment venu du fin fond du Massachusetts, pour tenter de régler une sombre affaire d’escroquerie financière.

À son retour à Howland, le provincial est reçu comme un héros, un rescapé de guerre. Tu parles d’un héros. Mark Firth n’était même pas là quand les gratte-ciels ont mordu la poussière. Mark Firth est un amas de chair honteuse, il ne se remet pas de son immense stupidité : qui confie des dizaines de milliers de dollars à un type – soi-disant trader dans un fonds privé – qu’il ne connaît pas, qu’il n’a même pas pris la peine de googler ? L’idiot dans toute sa splendeur.

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Une Amérique aux abois

L’idiot de Jonathan Dee n’a rien d’un prince plein de mansuétude. Personnage livide et inconsistant, il traîne ses chaussures de chantier tout au long du roman, persuadé de la validité de ses actions. Sa rencontre avec le milliardaire new-yorkais Philip Hadi est un signe du destin : au diable les chantiers miteux, il faut se jeter à l’eau, acheter, retaper et revendre des maisons en cascade, souffler la bulle immobilière au chalumeau. Une brillante idée quand on sait ce qui s’est passé en 2006.

À travers Mark Firth et la myriade de personnages défaits qui gravitent autour de lui, Jonathan Dee décrit l’Amérique de la loose, revenue de ses rêves en toc, serrant les dents face à un inconnu inquiétant. Après le 11 septembre, après la crise des subprimes, la fumeuse devise The sky is the limit résonne comme une sinistre plaisanterie. Le ciel est peut-être la limite des 1%, mais pas de la tenancière du café moisi, pas du seul policier de Howland, qui distribue les amendes de stationnement le jour et traque les chauffards la nuit, pas de la proviseure de collège rétrogradée « faute de moyens », pas du petit entrepreneur du BTP qui se rêve magnat de l’immobilier.

Ceux d’ici a été qualifié de chef-d’oeuvre par nombre de critiques. Je n’irais pas jusque-là. Si le roman de Jonathan Dee décrit de manière efficace et lucide cette Amérique hébétée, éreintée par les inégalités, le style m’a semblé passablement monocorde. Les phrases se succèdent, comme les pensées amorphes des personnages : elles exsudent l’ennui et l’impuissance. Du Houellebecq sans la dimension lunaire, barrée, de l’auteur de Plateforme.

Ceux d’ici, Jonathan Dee. Plon, 2018. 21,90 euros.   

 

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